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C’est le peuple "Cale" (gitans), dernier venu dans les immigrations du XV siècle, qui a capté dans une synthèse fulgurante les racines lointaines et cachées d'un chant, dont les éléments déchaînés conquièrent, ravagent, interrogent et exaltent.
Les gitans nomades venus d'Inde terminent leur "exode" multiséculaire en s'installant à partir de 1430 dans les faubourgs de Grenade et de Jaen.
Durant tout le 15ième siècle ils vont connaître une période de paix et de relative prospérité jusqu’au changement de politique du Royaume d’Espagne à l’égard des communautés errantes non chrétiennes. Durant cette période de calme et de convivialité ils vont véritablement absorber ce folklore andalou aux si vieilles résonances orientales et y greffer leurs propres traditions musicales.
Entre le 16ième et 18ième siècle : une rencontre de cultures à priori dissemblables semble se cristalliser autour d’un même sentiment de misère, d’abandon, de peur et de persécution.
Toute la mosaïque de ces gens désespérés révèle un vécu commun sous la pression et la tutelle de gouvernements hostiles – ce qui permet d’expliquer la tolérance et la complicité entre andalous, gitans, juifs et morisques pauvres. La misère crée ainsi un lien unificateur bien plus fort que toutes les théories de l’intelligence et le Chant devient un moyen d’intercommunication entre des communautés vouées au même sort.
Pendant ces siècles qui précèdent son éclosion, le Chant se fait dans la clandestinité. Il est l’expression d’une protestation secrète face à l’exaspération sociale et il devient l’énergie qui pousse l’être humain à l’extériorisation de sa douleur.
La fin du 18ième siècle correspond à la véritable naissance de l’histoire du Cante flamenco. Après trois cents ans de calamités, l'ombre sanglante qui recouvrait les anciens quartiers gitans s'éclaircit peu à peu. A Triana, Alcala de Guadaira, Utrera, Lebrija, Jerez de la Frontera, Cadiz, San Lucar de Barrameda des Chants amères et rugueux commençaient à sourdre au tintement des forges et aux pas des chevaux. C'était une plainte qui aboutissait dans un « Chant » plein de désespoir et de peine. Ce Chant leur procurait un soulagement illusoire. Strophes et styles étaient transmis oralement et jalousement gardés par leur créateurs marginaux. Ce « Chant » n’appartenait alors même pas au peuple gitan mais seulement à quelques familles.
De cette époque du Flamenco (phase primitive) nous vient le Cante Grande (Jondo) (4) – Ex : Tonas (5), Cana, Carcelera, Martinete, Seguiriya, Solea.
Le « Cante flamenco » s’est donc développé dans le milieu gitan mais il n'aurait jamais pu se développer sans les échanges interculturels avec la musique populaire andalouse car - si les gitans ont forgé le Cante primitif, ils l’ont forgé avec des métaux pour la plupart andalous. Ces métaux andalous étant eux-mêmes le résultat d’une symbiose entre les cultures byzantine – musulmane – juive – mozarabe – andalouse.
Voici les éléments musicaux grâce auxquels s’est développée la musique populaire andalouse que les gitans ont trouvé en Andalousie au moment de leur immigration :
- - des systèmes de notation musicale de l’Inde qui sont arrivés par le détour de la Perse grâce au célèbre musicien Zyriab (6) (fondateur d’un conservatoire à Cordoba sous la domination de Abderraman II)
- - des chants et des danses maures apportant leur influence jusqu’au 17ième siècle ; survivance dans le Cante flamenco de certaines modulations, lamentations et inflexions de la voix
- - des chants de synagogues juives (7) (9ième au 15ième siècle) ; notamment la mélodie de base de la Seguiriya.
- - des chants populaires mozarabes (i.e. Zambra).
En 1850 on ne parlait toujours pas de flamenco mais de « baile andalous », « baile del pais », « cante de los gitanos ».
Le flamenco a émergé en tant que genre indépendant musical et esthétique seulement à partir de 1860.
Le nom « Flamenco » s’impose donc à partir de cette date et des règles ont été définies pour arriver à un consensus général sur la façon d’interpréter les chants.
(1) Réflexions de Monica AYME publiées en octobre 2008
(2) Chant flamenco. Le « jondo » etant sa manifestation la plus pure
(3) Chanteurs flamenco
(4) Chant profond
(5)Le premier chanteur de l’histoire flamenco, Tio Luis el de la Juliana, chantait ses puissantes tonas - témoignages de sa condition ou seulement pour la beauté de ses melænas reçue en héritage de tant de prédécesseurs ?
(6) Arrivé en Andalousie en 822
(7) Ressemblance avec certains chants religieux comme le Kol Nidreï
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