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Toutefois, il n’est pas exagéré d’affirmer que, sans ces établissements le flamenco se serait peut-être tu à jamais.
Les Cantes qui avaient été gardés dans l'intimité du cercle familial, s'offrent ici sous forme de spectacles et ouvrent une porte
vitale pour le développement du Chant ; les artistes se rencontrent et commencent à interchanger des matrices, des chants et des modes
d'interprétation ce qui contribue à créer le monde complexe de styles, formes et mélodies qui composent la mosaïque du Cante Flamenco.
L’amateurisme cède le pas à la professionnalisation ce qui est sûrement à l’origine d’une fixation durable des éléments artistiques.
Mais parallèlement aux « cafés concerts », le Cante est toujours pratiqué dans l’intimité du foyer ou lors des
cérémonies et des fêtes, loin de toute mercantilisation et ce fut le grand chanteur « payo » (non-gitan), Silverio
Franconetti (2) qui mena à terme cette véritable transmission culturelle qu’est la diffusion du Flamenco hors des groupes gitans et
des quelques initiés.
Silverio fut le premier chanteur payo à comprendre les ressources artistiques de ces quelques familles monolithiques et à vouloir
en tirer parti. Il alla les visiter, les amadouer afin de surprendre le secret du « AY » et cette manière unique de l’utiliser
pour tordre les mots, les hacher et les écarteler pour former des cycles parfaits.
Peu à peu et malgré la méfiance des patriarches, il réussit à convaincre quelques grands seigneurs du « Cante gitano »
de se produire sur les premières scènes du « devenir flamenco ». En 1885 il créa le célèbre « Café
de Silverio » à Séville par lequel il souhaitait faire découvrir cet art à toutes les classes sociales. Il voulait élever
au rang de spectacles publics ces chants tristes et mélancoliques qu’il écoutait dans la forge des gitans et dans les tavernes
où se produisait son maître « El Fillo ». Il s’est voué corps et âme à la propagation et à la reconnaissance du « Cante flamenco » qui
s’inscrit dès lors dans un nouveau cadre socio-économique. Lorsque par la suite les gitans commencent à s’installer
dans les villages andalous, leurs danses et leurs chansons conservées se fondent de plus en plus avec celles qu’ils trouvent en
Andalousie, récemment crées ou bien distillées à partir de celles d’autres époques.
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Cependant, à partir de 1910, les Cantaores ne créèrent plus de formes nouvelles et l'interprétation des chants anciens se gâta. Il est
vrai qu'en passant de la famille à la taverne, comme l'a noté Perico del Lunar, le Cante avait subi une première altération. Mais quant il
quitta les planches des « cafés concerts » pour être projeté par les troupes « d'opéra flamenca » à l'échelle du théâtre et du cirque,
le Cante se dégrada réellement à force de compromis vulgarisateurs et démagogiques.
1922 : Concours du Cante Jondo (Alhambra) ; Manuel de Falla et Federico Garcia Lorca donnent l'impulsion pour faire resplendir l'écho
passionné de la tradition ; artistes et intellectuels se mettent au travail pour organiser un concours dont le but est de faire renaître, de
raviver et de purifier le Cante Jondo. Le jury est présidé par le célébrissime chanteur Antonio Chacon. Sont membres du jury des personnalités
du monde littéraire et de la musique ainsi que d'autres figures de proue du chant et de la guitare flamenca. Une des plus grandes réalités artistiques
fût ainsi préservée et avec elle une richesse insoupçonnée de possibilités sonnores et poétiques.
L’axe central de l’apparition du Cante passant par Sevilla – Jerez – Cadiz, l’art gitano-andalou continue dans cette région de nos
jours à vivre sur lui même car il ne trouve qu'en lui même son inspiration, sa vitalité et sa force,
toutes basées sur la préservation de son patrimoine par l'entretien de ses traditions rigoureuses. Le Cante flamenco reflète
toujours et encore pour les aficionados un style de vie et une vision du monde qui les entoure.
Des réunions intimes avec quelques amis ainsi que les différentes fêtes familiales, sociales, votives et professionnelles
constituaient toujours une occasion d’épancher ses sentiments et de livrer ses états d’âme - bientôt connu sous le nom de *
« Fiesta Flamenca ».
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Etre conscient de la culture flamenca passe donc incontestablement par le Cante car il est l’âme du Flamenco qui illumine
les cœurs avant la raison. Il était le premier des trois piliers qui soutiennent l’édifice flamenco et fut construit
pierre après pierre ou larme après larme, à partir de la misère, de l’injustice mais aussi à partir de l’amour
et de la joie de vivre pour se livrer dans un art unique entre tous – le Flamenco.
Pour vivant qu’il soit,
le Cante se meut avec la lenteur vertigineuse du fatum
qui gouverne certaines races d’hommes
et
je suis de ceux qui pensent que cette lenteur est sa grande leçon.(3)
(1) Réflexions de Monica AYME publiées le 14/07/2009.
(2) Né à Séville en 1831.
(3) Maurice OHANA.
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