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Tout comme le chant, elle a puisée aux sources hindoues, orientales et gitanes, et le temps
a crée, modelé, peaufiné et ciselé une expression esthétique du plus
grand rigorisme qui exprime des sentiments universels mais traduit et « trahit » également
une vérité relative à la personne qui danse.
La Danse Flamenca est avant tout une danse abstraite sans thème à illustrer ni action à
imiter. Elle a abandonné toute intention de mimer une histoire, de figurer quoi que ce soit. Elle dessine
dans l'espace des gestes qui n'expriment que la beauté de la grâce et au-delà quelque chose de
lointain, de disparu, tout imprégnée d'un sentiment grave et solitaire. Cette abstraction donne à
la danse "jondo" un mystère et une spiritualité pathétique qui font toute sa grandeur. Avec ses
figures immobiles, figées ô combien chargées de sensualité passive et solennelle dans un
corps tendu à rompre, elle ne s’arrête pas dans la recherche de la forme.
Elle nous prouve également qu’il y a un mal d’exister, une soif de se communiquer, une rage de vivre dont
elle témoigne avec la batterie rageuse de ses talons, la bravoure de ses pirouettes et avec ses mouvements
jaillissant d’une électricité intérieure.
Par le contraste de l’immobilité et du mouvement, elle nous rappelle constamment le paradoxe du temps et de
l’éternité, donc de l’existence mortelle et du « SOI » indestructible.
Cette danse est un Art stigmatisé de feu. Sa force expressive prend naissance dans la sobriété
d’un mouvement et dans le contrôle de la « tension retenue » mais derrière ces efforts
d’un « contrôle » qui force l’admiration, il y a un esprit qui force l’émotion.
Pour danser cette danse, il ne suffit pas de savoir coordonner les pas au jeu des mouvements lents et harmonieux des bras,
accompagné de torsion continue des mains, de mouvements de tête, de regards expressifs.
D’ailleurs, l'expressivité est d'une plus grande importance que la forme et de ce que nous définissions
communément de beau. Les valeurs de l'esthétique sont renversées. puisque la beauté
« flamenco » se reflète dans la vérité et l'authenticité d'un sentiment exprimé
avec courage et naturel. L'intensité du moment est encore plus important que le sens que l'on donne au
mouvement bien que celui-ci doit réellement faire partie du mouvement.
Il faut être capable de sentir le rythme dans notre corps et de danser avec tout notre corps.
Il faut apprendre à utiliser tout son corps de la tête au pieds. et chercher à
être conscient de ce que l’on danse car seulement ainsi le flux des mouvements pourra refléter
l’élégance et la plasticité qui seule s’obtiennent par l’ardeur et la patience.
C’est dans cet effort que la danse flamenco possède le pouvoir de changer le sentiment que l’être
humain peut avoir de lui même ou du monde autour de lui et c’est dans cet effort également qu’elle
devient une purification du mouvement dans le plan du « manifesté » dans lequel nous vivons et où le mouvement
« souffre ».
Dans cette aventure magique, le chemin se trace en marchant et il conduit ,presque toujours a une transformation,
aussi petite soit elle. des personnes et de la réalité.
(1) Réflexions de Monica AYME publiées le 28/09/2009.
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